Ouest France visite la rentrée post confinement

Dans les lycées professionnels, la pratique s’adapte aux gestes barrières

Priorité aux lycéens professionnels, a préconisé le ministre. Ce public, plus sensible au décrochage scolaire, a dû faire face, avec le confinement, aux stages avortés et à l’absence de cours pratiques. Ils renouent, peu à peu, avec les ateliers. Plus complexes avec le protocole sanitaire

Dans l’atelier, les machines à coudre ont été espacées. Plusieurs sont recouvertes d’une toile plastique. Seules 15, sur 48, pourront être utilisées pour respecter la distance physique obligatoire entre les élèves. Jeudi 4 juin, jour de reprise au lycée de la Baugerie, à Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes, Karine Gilbert et Muriel Vinet, professeures d’enseignement professionnel en métiers de la mode, font l’état de lieux.

« Il va falloir séparer aussi les tables à repasser, remarque l’une d’elles. Passer du gel sur les fers après chaque utilisation. » Leurs élèves n’arriveront que lundi. Des retrouvailles attendues. Car pas facile, à distance, de faire de la pratique. « Les élèves n’ont pas de machine chez eux, ni de logiciel de production. Ils ne pouvaient rien fabriquer. On a surtout fait de la technologie. Ces trois mois sans pratique, forcément, ça va manquer à la formation. » Difficile à rattraper. D’autant que toutes les manipulations, désinfection obligatoire à chaque toucher de tissu ou d’objet, vont prendre du temps.

Dans l’atelier, des enseignantes en bac pro couture vérifient les distanciations entre les postes de machine à coudre. | JÉRÔME FOUQUET, OUEST-FRANCE

Dans une autre salle, Audrey Gillardeau, enseignante en accompagnement, soins et services à la personne, réaménage la nurserie. Dans son cours de pratique, les lycéens s’initient à l’habillage et aux soins de l’enfant, à l’aide aux personnes âgées… Là aussi, il va falloir s’adapter. Laisser tomber, par exemple, la réfection de lit, « où les élèves doivent être trois, assez proches, avec un mannequin dans le lit ».

Même régime pour les cours de cuisine, revus à la baisse. « Dans ce contexte, ça devient plus complexe sur les plateaux techniques, souligne Christophe Martineau, le chef d’établissement. Dans nos filières, il y a beaucoup de manipulations. Les mains sont l’outil le plus exposé… »

Pour ce premier jour, seule une partie des 270 élèves que compte l’établissement est présente. Les autres arrivées s’échelonneront dans les prochains jours. « Un retour indispensable pour tous, estime le chef d’établissement. Le distanciel ne suffit pas. Pour les lycées pro, encore moins, où les gestes professionnels s’apprennent en pratiquant. » Les stages, en plus, ont été annulés. Un crève-cœur pour Tessa, en seconde : « Je devais passer trois semaines, en juin, dans une école maternelle. Une grosse déception. La pratique, c’est ce que je préfère. Pour ça que je suis en pro. »

Plus frustrant sans doute encore pour les élèves de terminale, évalués, du coup, en contrôle continu. Mais eux aussi reprennent le chemin des ateliers. Essentiel de retrouver les bons gestes avant de se lancer dans l’emploi.

Ouest-France

Yasmine TIGOÉ

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